jazzCela fait un paquet de mois que je n'écris plus vraiment. Il fut un temps où c'était quotidien. Alors c'est un peu rouillé, ça manque de fluidité, ce fut un peu laborieux pour y arriver, mais j'ai décidé de me remettre à l'écriture grâce aux Impromptus littéraires qui proposent toutes les semaines d'écrire à partir d'une consigne simple. Le thème de la semaine est le jazz, et il faut faire figurer dans le texte les quatre mots suivants : clavier, souffle, battement et accord.

La musique grésille dans les haut-parleurs de mauvaise qualité de son ordinateur. Assise dans son lit, bien au chaud sous sa couette, elle lance l'application de conversation instantanée. C'est devenu une habitude, chaque soir, après avoir dîné, après avoir rangé l'appartement, après avoir éventuellement regardé la télévision, elle installe son ordinateur portable sur ses genoux, et, dans la nuit sombre, commence à pianoter ses codes d'accès sur son clavier. Une lettre, puis deux, puis cinq, puis dix. Connexion au serveur. Elle retient son souffle, comme chaque jour, comme chaque nuit, inquiète, car elle connait les aléas de la technologie, elle peste souvent contre cet ordinateur qui la prive selon son bon vouloir de ces instants précieux.

Et puis tout à coup, caché par la musique, elle entend le petit jingle de connexion, et guette avidement si l'avatar tant espéré est visible. S'il l'est, c'est le début d'un jeu d'attente. Ne pas l'inviter trop vite dans une conversation. Attendre quelques minutes. Lui faire croire qu'elle est très prise. Le laisser imaginer qu'elle n'est pas devant son ordinateur en fait, qu'elle ne guette pas fiévreusement sa présence. Et puis, au bout de quelques minutes, s'il ne le fait pas avant elle, cliquer sur son pseudonyme et lancer une discussion...

Mais s'il ne l'est pas, si l'avatar n'est pas là, si le pseudo se fait absent, c'est une attente terrible qui commence. Est-il sorti ? Est-il déjà couché ? Vient-elle de le manquer ? Les pires hypothèses envahissent peu à peu son esprit, la plongeant dans un état d'angoisse extrême. Et s'il l'avait oublié ? Et s'il en a rencontré une autre ? Et si elle se fait de pures illusions ? Mais généralement, bien vite, il apparaît, et elle rit seule dans sa chambre d'avoir senti les battements de son cœur s'accélérer.

Et là, dans la pénombre d'une chambre, une étrange danse commence. Index, majeur, annulaire, pouce s'enchainent sur les touches, laissant apparaître à l'écran des lignes de mots qu'elle lui adresse, qu'elle lui compose au rythme des accords de musique qui s'échappent toujours de l'ordinateur. Une danse à deux où le partenaire évolue à l'autre bout de la ville, à l'autre bout du pays, à l'autre bout du monde. Une danse nocturne au gré des désirs et du mystère qui entoure ces deux êtres. Une danse sur fond de Ray Charles ou de Miles Davis.

Texte © Miss Alfie 2010.