malavitaUne famille américaine s'installe dans une petite ville normande. Le père est écrivain, la mère s'investit dans les associations caritatives locales et les deux enfants fréquentent le collège-lycée de la ville. Une famille comme les autres... Ou presque, puisque les Blake amènent dans leur sillage deux agents du FBI chargés de leur protection puisque Frederik Blake est en réalité un mafieux repenti dont toute la Cosa Nostra est à la recherche... Chassez le naturel ? Il revient au galop...

Ayant noté sur plusieurs blogs le titre Malavita encore de Tonino Benacquista, je me suis rendue à la librairie pour le chercher... Et en discutant avec le vendeur, j'ai appris qu'un premier épisode existait, et que s'il n'était pas indispensable à la compréhension globale de Malavita encore, il pouvait être intéressant de commencer par lire Malavita. Ni une, ni deux, le voilà commandé, récupéré, mis dans les bagages et désormais lu entre Londres et Liverpool ! Un lecture de vacances donc, dont je vous parle grâce au petit carnet qui m'a permis de tout noter pendant notre séjour, de mes impressions de voyage aux notes de lecture !

Dans Malavita, Tonino Benacquista nous présente une famille quelque peu hors du commun puisque le père est un mafieux new-yorkais qui a témoigné contre ses pairs et dont la tête est mise à prix. Mais comme Fred a la mafia dans la peau, les protéger est, pour le FBI, un véritable casse-tête... A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle, et voilà notre famille exilée en France. Et quand on met une famille américaine standard dans un village normand typique, les clichés sont de sortie ! Et c'est sans doute l'un des points négatifs que je retire de ce livre : la famille américaine est parfaitement américaine (on organise un barbecue, on fait des sandwichs au beurre de cacahuète...) et les Normands cent pour cent normands (avec maisons à colombages et cuisine à la crème fraiche, évidemment !).

En dehors de ce petit bémol, l'écriture est ironique et fluide. La narration nous fait découvrir dans un premier temps la nouvelle vie de la famille Blake, ses tentatives d'intégration dans la vie locale... Une première moitié de livre relativement calme, qui se lit au rythme des journées des Blake... Jusqu'à ce qu'un événement que je ne vous narrerai pas pour vous en laisser la surprise précipite l'action et nous fait presque basculer dans un film d'action américain, avec un arrière goût du Parrain !

Malavita n'est pas un livre qui interroge sur la mafia, loin de là. Fred fait partie de la Cosa Nostra, c'est comme ça, on ne s'interroge guère pour savoir si c'est bien ou non. Par contre, c'est clairement un livre distrayant et lus que sympathique qui nous entraine malgré tout dans quelques coulisses mafieuses !

Une petite immersion au milieu des pages ?

"La machine, elle, ne ferait pas le tri, elle prendrait le tout, en vrac, le bon et le mauvais, l'inavouable et l'indicible, l'injuste et l'odieux, car tous les événements étaient vrais, c'était ça le plus incroyable, ces blocs de vérité dont personne ne voulait étaient tous authentiques. SI un mot en appelle un autre, il devait pouvoir les choisir tous, sans qu'on lui en suggère un seul. Sans qu'on lui en interdise un seul." (p.31)

"Mon père est un américain de base, tu as oublié ce que c'était. Un type qui parle pour se faire comprendre, pas pour faire des phrases. Un homme qui n'a pas besoin de dire "vous" quand il sait dire "tu". Un type qui "est", qui "a" et qui "fait", il n'a pas besoin d'autres verbes. Un type qui ne "dine", ne "déjeune" ni ne "soupe" jamais : il mange. Pour lui, le passé est ce qui est arrivé avant le présent et le futur ce qui arrivera après, à quoi bon compliquer ? As-tu déjà listé le nombre de choses que ton père est capable d'exprimer rien qu'avec le mot "fuck" ?" (p.132)

"Il se sentait déçu par cette société qui, contrairement à ce qu'elle prétendait, n'était pas régie par le sens commun mais par la priorité absolue au profit, comme toutes les autres sociétés, parallèles et occultes, à commencer par celle qui avait si longtemps été la sienne. C'était comme s'il avait voulu donner à la légalité une chance de le surprendre. Mais elle n'avait fait que confirmer, par défaut, ce qu'il prônait depuis toujours." (p.263)

A lire aussi :
Amanda Meyre y a vu "un tableau plein d’humanité" ;
Nanne
résume assez bien les choses à mon goût : "Dans un style digne des policiers avec un sens de l'humour noir décapent, Tonino Benacquista nous parle d'un milieu qui n'a rien d'humoristique, la mafia. " ;
Et beaucoup d'autres avis chez Bob !

Texte © Miss Alfie 2010, sauf citations.
Édition lue : Malavita, Tonino Benacquista, Éditions Gallimard, collection Folio, 2005, 373 pages.