Une_femme___BerlinBerlin, du 20 avril au 22 juin 1945, une jeune trentenaire célibataire raconte son quotidien au milieu des bombes, l'arrivée des Russes, la survie dans une ville totalement bouleversée.

Avant d'ouvrir ce livre et de le découvrir, il faut avoir en tête qu'il s'agit là des notes d'une jeune femme qui a toujours souhaité garder l'anonymat. Ces notes, ce journal qu'elle a tenu à un tournant de l'Histoire mondiale, ont été publié une première fois en anglais en 1954. Publié en allemand quelques années plus tard, ce livre fait un tollé dans l'opinion publique allemande qui n'est pas encore prête à accepter cette partie de son histoire. La jeune femme y raconte en effet, entre autre, combien les femmes allemandes ont été violées par les soldats russes lors de leur arrivée dans Berlin, et présente les quelques hommes allemands encore présents comme des spectateurs passifs et prostrés de ces humiliations. Il faudra donc attendre les années 2000 et le décès de la jeune femme pour que ce journal reparaisse dans une Europe apaisée.

Au fil des pages, on lit un récit spontané, écrit au fur et à mesure des heures et des jours, sans fil conducteur, sans intrigue, si ce n'est celle de comprendre comme les Berlinois ont pu vivre ces tragiques journées. La jeune femme, dont le rédacteur de la préface nous précise qu'elle était issue d'une famille bourgeoise, avait beaucoup voyagé en Europe et exerçait le métier de journaliste, nous livre un récit plein de détachement, empreint d'une froideur extrême, particulièrement lorsqu'elle relate les viols qu'elle et ses consœurs ont pu subir. C'est un récit qui laisse peu de place aux réflexions politiques, idéologiques. La mort d'Hitler y est à peine évoquée, de même que la chute du IIIe Reich ou les évolutions militaires. La priorité est clairement donnée à la survie : trouver de quoi manger, se chauffer, se laver, se protéger... même s'il faut pour cela aller jusqu'à se prostituer... De quoi faire scandale en effet dans le monde de 1950...

C'est un livre qui ne nous parle pas de la guerre, de déportation ou de stratégie militaire... Tout juste si la traque des Juifs est évoquée, dans jamais être jugée. C'est un livre qui retrace une autre guerre qui se déroule dans un no-mans-land, dans une ville de non droit où il n'y a plus ni gouvernement ni police, où l'on visite les immeubles dévastés et désertés à la recherche de meubles pour se chauffer ou de vêtements pour se vêtir. Cette femme retrace nu monde qui n'a plus de repère, plus d'institutions... Et pourtant, au fond d'elle même, on sent la nécessité de se recréer un rythme : des femmes vont relativement spontanément aider à déblayer des gravas, travailler pour les russes sans savoir si elles seront payées, organisent leurs journées pour trouver à manger, faire la queue devant les quelques magasins approvisionnés...

Ce livre nous montre une vision de l'intérieur, relativement juste et sans excès d'un peuple perdu. On n'ose à peine dire du mal d'Hitler et pourtant tout le monde estime qu'il est à l'origine de la misère dans laquelle les Berlinois se trouvent, on regarde les Russes d'un œil interrogateur, on se demande un peu ce qui est le pire, entre la peste et le choléra...

Un témoignage instructif que j'ai lu en tentant de garder en mémoire que non, vraiment, rien n'avait été inventé, que cette femme écrivait ce qu'elle avait réellement vécu, ce qui donne une teinte particulière à ce récit que je ne saurai que vous conseiller.

A lire aussi :
Pour Valcair, "Le texte est en plus très bien écrit, d’une plume rapide, vivante, concrète, parfois non dénuée d’humour malgré la dureté des situations évoquées." ;
Louis souligne que "la force des descriptions et l’importance accordée à chaque détail en font un livre qui illustre bien la guerre dans toute son inhumanité."

Texte © Miss Alfie 2010.
Image Une femem à Berlin, Anonyme, Éditions Folio (2008).