Les_audiences_de_sir_JohnLondres, au milieu du XVIIIe siècle, est déjà l'une des villes phare du monde occidental. Peuplée et animée, elle est aussi le théâtre de nombreux crimes et voit se mettre en place une police municipale sous l'égide d'Henry et John Fielding à Bow Street. C'est auprès de ce dernier, magistrat aveugle et respecté de tous, que le jeune Jeremy Proctor est présenté peu de temps après son arrivée à Londres, accusé de vol. Épris de justice, Sir John Fielding va rapidement déjouer le tour pendable des accusateurs de Jéremy qui va rapidement seconder le magistrat lorsqu'un lord est retrouvé mort chez lui. Tout laisse supposer que l'homme s'est suicidé, mais quelques indices inciteront le magistrat à poursuivre ses investigations.

Les audiences de Sir John est le premier volet d'une série créée au milieu des années 1990 par Bruce Alexander, écrivain américain décédé en 2003, et qui met en scène un célèbre magistrat londonien, précurseur du casier judiciaire, et capable, si l'on en croit la légende qui l'entoure, de reconnaître 3000 repris de justice rien qu'au son de leur voix. Dix romans suivront ce premier, dont certains n'ont d'ailleurs pas encore été traduits en français.

Par de nombreux points, ce roman m'a rappelé ceux de Jean-François Parot du fait de leur qualité descriptive et historique. En effet, on y retrouve l'usage d'un vocabulaire et des tournures de phrases recherchées et rappelant le langage d'alors. On y découvre aussi une ville de Londres bien loin de celle d'aujourd'hui, une ville où la criminalité fait des ravages, où les tenanciers de maisons de jeux côtoient des actrices jouant Shakespeare, où les rues grouillent d'une vie aujourd'hui disparue. Cette précision descriptive n'est pas non plus sans renvoyer aux romans d'Anne Perry dont je n'ai pas eu l'occasion de parler sur ce blog, mais qui présentent des intrigues policières à Londres également, mais dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ces trois auteurs, s'ils me plaisent et me procurent beaucoup de plaisir, ont également la faculté de mettre en scène des personnages réels, des anecdotes historiques et vérifiées, avec des hommes et des femmes issus de leur seule imagination, rendant le récit on ne peut plus réaliste.

L'intrigue, quant à elle, est rondement menée et même si quelques soupçons sont venus se loger dans mon esprit au fil de la lecture, j'ai aimé le dénouement avec cette scène où l'ensemble des protagonistes sont rassemblés et au cours de laquelle les masques tombent peu à peu... Jeremy comme Fielding sont attachants, on sent une réelle complicité naître entre eux, au point que l'on en oublie que si le second a réellement existé, le premier est né dans l'imagination de l'auteur et n'a jamais exercé aux côtés du magistrat.

Le seul regret que j'ai en vous parlant de ce livre est qu'on ne le trouve plus en vente, si ce n'est d'occasion, et que si vous souhaitez découvrir la série, il vous reste les épisodes sortis plus récemment que vous devrez pouvoir prendre en cours de route malgré tout, moi-même lisant ce premier volume après avoir découvert le second l'année dernière !

Un vrai coup de cœur pour cette série que j'entends bien poursuivre, mêlant habilement Histoire et imagination.

A lire aussi :
Yueyin revient sur l'ensemble de la série.

Texte © Miss Alfie 2010.
Image Les audiences de Sir John, Bruce Alexander, Éditions 10/18 (1999).