La_meilleure_part_des_hommesWilliam Miller, Dominique Rossi et Jean-Michel Leibowitz sont les trois hommes dans la vie d'Elizabeth Levallois, journaliste à Libération, confidente du premier, collègue du deuxième et maîtresse du dernier. Des années 80 à nos jours, elle va nous relater les relations entre ces trois hommes, l'histoire d'amour des deux premiers qui virera à la haine, l'amitié des deux derniers qui connaîtra beaucoup de hauts et de bas, et les luttes respectives de chacun, dans un Paris marqué par le sida.

"Paris, les années Sida" indiquait le bandeau rouge qui caractérise généralement les prix littéraires... ou les sorties médiatiques... Médiatique, c'est le qualificatif qui me vient à l'esprit quand je repense à ce roman, à ce "conte moral" ainsi que l'auteur le définit lui même. Partout, dans toutes les librairies où je suis allée, il y était. Dans toutes les revues spécialisées ou presque, on en a parlé. Une nomination assurée pour le prix de Flore. Et tout ça pour le premier roman d'un jeune enseignant en philosophie de Toulouse, Tristan Garcia.
Pourtant, contrairement à ce que j'avais lu dans la presse, La meilleure part des hommes ne retrace pas QUE l'arrivée du sida dans la communauté homosexuelle parisienne dans les années 1980. Tout d'abord parce que le livre, même s'il évoque cette période là, passe dessus aussi rapidement et aussi longuement qu'il abordera les années 1990 avant d'arriver au troisième millénaire. Ensuite, parce qu'il n'y a pas que le sida dans la communauté homosexuelle qui est abordé, mais l'ensemble des problématiques de cette communauté qui, en effet, fait beaucoup plus parler d'elle depuis une bonne vingtaine d'années et est de moins en moins stigmatisée. Enfin, parce qu'il n'y a pas que le sida dont on fait état, mais de tout ce qui caractérise les relations humaines, la vie, l'amour, la mort, la haine.
Le lecteur, qu'il adhère ou non au propos, est interpellé par la narratrice, ce qui nous met non plus en position de consommateur uniquement, mais qui nous invite à réfléchir. Le style littéraire, plutôt familier, direct, semble rendre abordable des réflexions un brin philosophique... que je ne vous détaillerai pas, ne les ayant finalement pas toutes perçues ! Oui, car il y a là un décalage que j'ai trouvé énorme entre le style plutôt facile d'accès, et les idées qui sont parfois développées et qui, à plusieurs moments, m'ont renvoyés à L'élégance du hérisson et à cette nouvelle manie d'intellectualiser toute chose.
En revanche, j'ai beaucoup apprécié la vision que Tristan Garcia propose de la communauté gay. Pour la connaître un peu, je pense que plusieurs choses sont vraies, notamment le besoin de défendre des idéaux communs, de se créer une culture commune, pour se retrouver et se reconnaître dans une société qui n'a pas toujours été très ouverte. De même, mais cela peut s'appliquer à toute la société, aux homos comme aux hétéros, je pense que pour nous, jeune génération, qui a toujours vécu avec le Sida, qui est née après ses premiers ravages et qui a toujours connu les traitements qui existent aujourd'hui, la conscientisation, la prise de risque sont différentes par rapport à ces jeunes des années 70 qui sont presque tous morts aujourd'hui pour avoir pris des risques car ils ne connaissaient tout simplement pas les conséquences...

Critiquer ce livre est un peu délicat car même si je suis restée sur ma faim, car j'attendais quelque chose de moins intellectuel, plus léger et plus ancré dans les eighties, le travail de ce jeune écrivain de 27 ans mérite qu'on le souligne... mais peut-être de manière moins marquée que ce qui a été fait jusqu'à présent... Toujours est-il que si l'envie vous prend de fouiner sur la toile, vous découvrirez que de ce livre, on ne garde généralement que le pire, sans penser au meilleur...

La meilleure part des hommes a reçu le prix de Flore 2008.

A lire aussi : la critique de Franck, qui résume assez bien mon opinion !
A voir : une interview de l'auteur pour mieux comprendre ses influences et sa démarche.

Texte © Miss Alfie 2008.
Edition lue : La meilleure part des hommes, Tristan Garcia, éditions Gallimard, collection Blanche, 2008, 305 pages.