29 janvier 2008
Mes péchés bretons
Mes péchés bretons, ce sont seize courts récits d'Hubert Michel, seize chroniques dans lesquelles il relate la Bretagne dans l'assiette et ses aventures culinaires. Du beurre aux crêpes en passant par les huîtres, dans oublier les invitations, ou les sucettes, Hubert Michel passe en revue des incontournables de la gastronomie bretonne, mettant à l'honneur la galette-saucisse au Stade rennais, ou la querelle ancestrale entre Haute et Basse Bretagne.
A chaque passage, tout Breton qui se respecte se retrouvera dans l'impossibilité de manger des huîtres au cours d'un mois sans r, dans la nécessité absolue de beurrer tout et n'importe quoi, dans le tour de main familial indispensable pour réussir de bonnes crêpes, dans la fierté locale de l'oeuvre d'art que représente une andouille de Guémené.
Ce petit livre qui se lit sans effort se pose sur la table du salon, sur la table de nuit, et pourquoi pas dans les WC. De brèves chroniques gustatives qui donnent envie de filer directement dans la cuisine pour se beurrer une tartine de pain frais et de la déguster avec une bonne bolée de cidre !
Quatre coups de coeur : "Beurre", "Galette saucisse", "Bretagne" et "Pêche".
Premier paragraphe
"Sucette
Il y eut les événements de Mai 68 dont je suivais les péripéties à la télé. Dans ma bouche, une sucette en forme de langue accompagnait ma prise de conscience politique. D'autres emplissaient la ceinture cartouchière de cow-boy de mon dernier Noël et, dans un sachet en papier kraft, une réserve se nichait dans le holster en plastique. Paré et toujours prêt à dégainer, à me fourrer une sucrerie entre les mâchoires, j'étais mollement avachir dans le canapé en skaï du salon devant les actualités du midi puis celles du soir, de la première et unique chaîne."
A lire aussi : la critique de Pascale Arguedas.
Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Mes péchés bretons, Hubert Michel, Editions Nil (2007).
27 janvier 2008
Magnus
Franz-Georg est né avant la guerre, en Allemagne. De son passé, il ne lui reste que Magnus, un vieil ours en peluche avec une oreille à moitié brûlée. Un ours en peluche que sa mère, Théa Dunkeltal, supporte difficilement. Théa, qui mot à mot, apprend à Franz-Georg à vivre, lui réapprend l'histoire de la famille, lui réapprend qui il est. Le fait renaître à la vie. Mais que l'enfant grandit, il réalise le manque, l'absence, le vide qui doit être comblé dans son histoire. Peu à peu, il découvre la véritable nature de sa famille. Au fil de ses errances, de ses voyages et de ses découvertes, l'enfant devenu adulte partira à la recherche de cette identité perdue.
Prix Goncourt des lycéens en 2005, Magnus est un roman qui traverse les âges, les pays, les genres, pour nous amener à la suite du personnage principal dans une quête des origines, une quête de l'identité, une quête de sa propre histoire. A la fois roman historique, romantique, tragique ou policier, ce roman surprend du fait de son style narratif, de ces chapitres, ces "Fragments", séparés de "Notules", de "Résonances" ou encore de "Séquences".
Au delà de l'histoire en elle-même, ce récit est une ode aux mots, à la parole, à ces suites de lettres sans quoi nous ne sommes rien, sans quoi nous sommes sans Histoire. Les mots doux, les mots durs, les mots vérité, les mots mensonges.
Pour qui, pour quoi j'ai beaucoup aimé ce livre, je ne sais pas. Je sais juste que désormais, il fera partie de mes incontournables.
Première page
"Ouverture
D'un éclat de météorite, on peut extraire quelques menus secrets concernant l'état originel de l'univers. D'un fragment d'os, on peu déduire la structure et l'aspect d'un animal préhistorique, d'un fossile végétal, l'ancienne présence d'une flore luxuriante dans une région à présent désertique. L'immémorial est pailleté de traces, infimes et têtues.
D'un lambeau de papyrus ou d'un morceau de poterie, on peut remonter vers une civilisation disparue depuis des millénaires. A partir de la racine d'un mot, on peut rayonner à travers une constellation de vocables et de sens. Les restes, les noyaux gardent toujours un infrangible grain de vigueur.
Dans tous les cas, l'imagination et l'intuition sont requises pour aider à dénouer les énigmes."
A lire aussi : Les avis divergents d'Angèle Paoli et de Sophie ou encore de Bellesahi.
Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Magnus, Sylvie Germain, Albin Michel pour l'édition brochée (2005) et Folio pour l'édition de poche (2007).
17 janvier 2008
Et puis après...
Agnès et Aline, la cinquantaine, sont deux amies inséparables. Toutes deux divorcées après plusieurs dizaines d'années à fermer les yeux sur les aventures extraconjugales de leurs maris, elles ont refait leurs vies et semblent très heureuses. Jusqu'au jour où tout bascule, jusqu'au jour où le nouveau compagnon d'Agnès meurt dans un accident d'hélicoptère dans un endroit où il n'aurait pas dû être, jusqu'à ce même jour où le nouveau mari d'Aline rend l'âme en plein devoir conjugal... Pour toutes deux, c'est la panique, la tristesse et le chagrin... Heureusement, des gens bien intentionnés vont bien vite se charger de démontrer aux deux veuves que leurs chers et tendres n'étaient pas vraiment ce qu'ils laissaient croire, et en compagnie d'une bande d'amis fédérées autour de leurs premiers maris, les deux amies vont peu à peu reprendre le dessus et laisser la vie les surprendre.
Si j'ai classé Et puis après... dans la catégorie "Littérature de fille", ce n'est pas qu'il s'agisse là d'une comédie romantico-sentimentale avec héroïne un peu paumée qui trouve le grand amour sous les traits du crapeau de service. Non, Et puis après..., c'est de la littérature de fille, mais de fille d'un certain âge, de fille plutôt femme ! J'avais déjà eu l'occasion de lire quelques romans de madame Dorin, dont Les julottes, Les lits à une place et La rêve-party, mais cela date de quelques années maintenant. J'en avais gardé un souvenir assez bon, mais aujourd'hui, Et puis après... m'a laissé sur ma faim. Alors certes, c'est en fait la suite de Tout est toujours possible, mais ne pas avoir lu le premier ne m'a pas empêché de comprendre le second. Non, je pense plutôt que ma légère déception vient du fait qu'avec les années, j'ai grandi ma bonne dame ! Et en grandissant, j'ai appris à découvrir des livres peut-être plus profond, avec plus d'émotions, et pas que des émotions positives. Des livres réalistes... Oui, car en fait, les bouquins de Françoise Dorin sont des concentrés de positivisme, de bonne humeur et de chance. Lorsque les choses tournent mal, il suffit d'avoir la patience de tourner la page pour que tout rentre dans l'ordre, comme si la vie était finalement très très simple ! Tout le monde finit généralement heureux, les emmerdes ne sont que temporaires, les amis vivent ensemble et forment une grande famille, c'est l'éloge de l'amitié avant l'Amour... Mais en même temps, j'avoue qu'à l'heure actuelle, lire un bouquin comme ça, reposant et amusant, c'est toujours bien agréable, surtout lorsqu'au détour d'une page, un mystérieux correspondant virtuel apparaît et chamboule la vie d'Agnès... De quoi faire sourire les accros du clavier et, peut-être, leur rappeler quelques rencontres virtuelles !
Première page
"Vendredi soir.
Je rentre en Belgique. Dans un chez moi qui est un chez nous. Depuis deux ans déjà. Depuis deux ans seulement.
Dominique vient de me déposer devant la gare du Nord. Il ne pouvait m'accompagner. Il devait aller en Italie voir sa mère... sans doute pour la denière fois. Il était triste à cause de cela. Moi, j'étais triste parce qu'il l'était. Mais pas profondément : c'est touchant, c'est rassurant, un grand garçon de quarante-six ans, bouleversé parce qu'il va devenir orphelin.
Je monte dans le train. Je m'installe à ma place. J'en photographie le numéro : 55. Clic-clac : "Mon âge !" Clic-clac ! "Avant Dominique, je n'y aurais pas pensé !" Par bonheur, le hasard éradique ma promesse de morosité : il a placé en face de moi une femme que je ne connais pas et que je souhaitais vivement rentrer. Bien qu'elle soit plongée dans un magazine et que je sois discrète autant pas nature que par éducation, je n'hésite pas à interrompre sa lecture :
- Excusez-moi de vous déranger, madame, vous êtes bien Françoise Dorin ?"
Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Et puis après..., Françoise Dorin, Plon pour l'édition brochée (2004) et Pocket pour l'édition de poche (2005).
16 janvier 2008
Lotobook chez Stéphanie !
En passant par Cunéipage, j'ai trouvé une chose intrigante : un lien vers un Lotobook.
C'est quoi un lotobook ? C'est une grande loterie avec des livres ! En fait, Stéphanie l'explique beaucoup mieux que moi, surtout que c'est elle qui organise cette deuxième édition. Le principe ? On s'inscrit, et avec un peu de chance, on reçoit un livre de poche neuf ou d'occasion envoyé par chaque participant au gagnant du tirage au sort !
Le principe me plaît, je me suis prise au jeu. Qu'est-ce donc, un livre de poche à envoyer ?!
Si vous voulez vous inscrire, rendez-vous chez Stéphanie avant le 16 février 2008 !
02 janvier 2008
Mangez-moi
Myriam est une femme d'un âge indéterminé, mais qui doit approcher de la cinquantaine si mes calculs sont bons. Son parcours ? On ne le connaît pas très bien, on le découvre au fil des pages. Au départ, on sait juste que Myriam est seule, très seule, et qu'elle vient d'ouvrir un restaurant. Un restaurant, qui d'ailleurs, est aussi sa maison, que Myriam trimballe dans une valise. Une valise pleine de souvenirs qui remontent peu à peu à la surface de sa vie au fil des jours, entre deux plats ou deux services, avec le fleuriste amoureux, le serveur mystérieux, les étudiantes inséparables, le maraîcher perdu...
Lorsque je l'ai acheté, et lorsque je me suis décidée à le lire, je pensais trouver là une comédie légère, pleine de quiproquos, de situations rocambolesques et de chassés-croisés autour du zinc. Mais non. Mangez-moi n'est pas une comédie romantique pour jeune fille en mal d'amour. Mangez-moi est une réflexion sur la vie, sur le passé qui nous hante toujours, sur le futur inquiétant et rassurant, sur la manière de conjuguer au présent les deux. Les personnages que l'on croise ne sont pas angoissant si amusant, ils sont comme tout le monde, pleins de mystères et de réalisme. La vie de Myriam se distille au fil des pages, les mystères se lèvent et on découvre peu à peu son visage, sa vie, ses failles et ses peurs.
Sans être l'un des romans qui m'aura le plus marqué, mais peut-être aussi parce qu'en l'ouvrant j'attendais autre chose, Mangez-moi est comme un conte de fée, une histoire de la vie sur la vie, sur le plaisir des petits bonheurs quotidiens, sur l'importance de savoir aller de l'avant, de ne pas trop regarder dans le rétroviseur de la vie, juste ce qu'il faut pour ne pas oublier le passé sans qu'il ne soit trop encombrant !
Premier paragraphe
"Suis-je une menteuse ? Oui, car au banquier, j'ai dit que j'avais fait l'école hôtelière et un stage de dix-huit mois dans les cuisines du Ritz. Je lui ait montré les diplômes et les contrats que j'avais fabriqué la veille. J'ai aussi brandi un BTS de gestion, un très joli faux. J'aime vivre dangereusement. C'est ce qui m'a perdue, autrefois, c'est ce qui me fait gagner à présent. Le banquier n'y a vu que du feu. Il a accordé l'emprunt. Je l'ai remercié sans trembler. La visite médicale ? Pas de problème. Mon sang, mon précieux sang est propre, tout propre, comme si je n'avais rien vécu."
Le site internet d'Agnès Desarthe
A lire aussi : Les avis de Bernard, de Lily, ou encore de Clarabel, de Flo et de Charlie Bobine ! Quelques uns parmi les multiples avis sur ce livre présents sur le net !
Texte © Miss Alfie 2008, sauf extrait de texte.
Image Mangez-moi, Agnès Desarthe, Editions de l'Olivier pour l'édition brochée (2006) et Points pour l'édition de poche (2007).